Les enfants sont une source inépuisable d’inspiration... Surtout quand on les élève dans la curiosité d'esprit/de l'autre etc.

Des gremlins enfants, avec PB, nous en avons 3 :

illus kids

Si tu as bien lu mon blog et que tu as une bonne mémoire, tu te souviens d’où vient ce nom de Wolfgang. (Si tu as un trou, clique sur Wolfgang souligné)

Avec nos enfants nous communiquons beaucoup. Surtout moi. Je suis très communiquante (parfois PB me trouve trop communiquante…)

Depuis leurs naissances, je leur parle de beaucoup de choses. Avec l’idée d’anticiper, et prévenir, pour ne pas en faire des ados qui se croient immortels (ma crainte de l'accident con).

Donc on discute - sans pathos - de la mort, je les laisse regarder avec fascination un pigeon écrasé sur le bord de la route. On discute beaucoup. Je lance un sujet. Et je réponds aux questions qui en découlent pour ne pas leur donner plus d’informations qu’ils ne seraient prêts à entendre ou encaisser. 

Sur Wolfgang, quand PB et moi l’avons appris, je me suis tout de suite dit que je ne cacherai rien aux enfants. Je n’allais pas non plus me précipiter pour leur annoncer. J’avais besoin de bien comprendre moi-même ce qui se passait pour pouvoir répondre aussi clairement que possible aux questions potentielles qu’ils allaient me poser.

On m’a suggéré de les préserver. Ce n’est pas du tout dans ma façon de voir les choses, mais attentive aux suggestions de mon entourage, j’ai regardé un peu sur le net (de vrais articles, pas des forums débiles) et les psy sont tous d’accord pour dire qui FAUT en parler à ses enfants quels que soient leurs âges. Qu’il FAUT nommer la maladie. Que dans le cas contraire, l’enfant sent qu’il se passe des choses anormales, que ses parents sont préoccupés… Et qu’il se sent EXCLU, et s’imagine encore pire que la réalité.

Les enfants ont le droit de savoir car le cancer d’une maman (ou d’un papa) c’est aussi un peu "leur" cancer.

Regarde, la maison ou la voiture, c’est toi et/ou ta moitié qui l’avez payée, mais l’enfant la considère comme la sienne aussi. Et à juste titre. 

Bref.

Nous leur avons donc annoncé la nouvelle alors qu’ils étaient à table en semaine.

Je te dis tout de suite : ça ne les a pas empêché de bouffer leurs knackis !

 

Gaspard, 7 ans, très sensible, se doutait de quelque chose depuis quelques jours. Ça se sentait dans son comportement.

Moi : "les enfants, on a une nouvelle à vous annoncer, on m’a découvert une petite boule dans le sein"

Gasp : Ah noooooon ! C’est justement ce que je ne voulais pas…. C’est pas une tumeur au moins ?

Moi : Si.

G : Elle est pas maligne j’espère !

M : Ben… Si.

 

Là, je commence à expliquer que ça s’appelle un cancer. Que c’est une maladie. Mais que nous avons de la chance car papa touche encore les seins de maman l’a découverte alors que la boule était encore toute petite… Je leur explique le traitement (à l’époque, on ne parlait pas de chimio), "on va enlever la boule, on va faire de la radiothérapie… Les médecins sont confiants car c’est un bébé cancer."

Je leur dit 2 autres choses qui me semblent indispensables :

1 : Ce n’est pas contagieux, (on ne sait pas comment ça s’attrape.)

2 : Ce n’est de la faute de PERSONNE. (L’enfant dans son narcissisme et son impression de toute puissance, ramène tout à lui.) Je leur ai donc dit que même si un jour ils avaient été très en colère contre moi et qu’ils avaient souhaité qu’il m’arrive un truc pas cool, ils n’avaient pas ce pouvoir.

Je leur explique – je ne sais pas pourquoi, sûrement mon soucis d'anticipation ocazou – qu’il existe un traitement qui peut faire perdre ses cheveux. Mais que je ne suis pas concernée. "moi, je ne veux pas que tu perdes tes cheveux maman."

 

Rose (ma grande): « Est-ce qu’on peut mourir ? »

Moi : « Oui, on peut mourir d’un cancer, mais comme je vous l’ai dit, le mien est soigné très tôt, et les docteurs pensent qu’on va bien le soigner. »

Ayant la plus grande mesure de Wolfgang (qui en fait n’est pas une boule à proprement parler) je leur dessine sur un papier un rond de 6mm de diamètre pour qu’ils puissent visualiser la chose.

On en conclue que ça a la taille d’un petit pois.

Quelques minute plus tard, Gasp vient me faire un câlin.

Moi : "Ça va mieux ?"

Gasp plantant ses yeux dans les miens : "Tu m’as dit que ça irait : JE TE FAIS CONFIANCE."

 

Ma « boule », je la leur ai fait toucher. Je voulais leur donner un maximum de clés pour appréhender cette chose aussi abstraite qu’est la maladie.

Jamais dans le pathos. Toujours très factuel.

Le lendemain en allant à l’école,

Gasp : "maman, si on mange ta tumeur, est ce qu’on tombe malade ?" LOL (taille de la tumeur => petit pois => manger la tumeur) J’adore !

 

Régulièrement on parle de Wolfgang. Chaque gamin est différent, ma grande Rose est plus intérieure, alors on lui demande régulièrement si elle  a des questions, si elle veut en parler.

Gaspard et Philippine, viennent d’eux-mêmes avec des questions très precises auxquelles nous répondons toujours aussi clairement que possible.

 

Quelques semaines après « l’annonce », j’apprends que je vais finalement avoir droit à la chimio. Avec PB, on accuse un peu le coup, et une fois la nouvelle digérée, je me lance.

Toujours pendant un dîner.

Moi : "Les enfants, on a analysé Wolfgang, et on s’est rendu compte qu’il était plus puissant que ce qu’on avait pensé au début. Du coup, il va falloir un médicament plus fort. Ce médicament est tellement fort qu’il fatigue beaucoup et qu’il  peut faire perdre les cheveux."

Il a fallu qu’ils digèrent eux aussi, car, c’était la seule chose qu’ils voulaient "que leur maman ne perde pas ses cheveux".

On leur a expliqué que c’était pour bien me soigner et pour se débarrasser définitivement de ce connard de Wofgang.

Il est aussi marrant de constater qu'il ne va pas de soi pour un enfant que si l'on perd ses veuchs, ils repoussent plus tard. Je m'en suis rendue compte en montrant cette petite vidéo aux enfants, quand Gaspard s'est exclamé : "ah ! mais ça repousse !"

 

Ils ont compris je crois. Même si Gaspard, dès qu'il avait droit à un voeu (premières fraises de l'année par exemple) faisait le voeu inutile que je ne perde pas mes cheveux !

 

• Comme vous le savez, j’ai commencé à les perdre (mes veuchs pas les enfants) la première semaine de vacances des pâques. La deuxième semaine les enfants étaient séparés, chacun avec des grand-parents. C'est pendant cette semaine que nous avons tondu.

Nous avons donc demandé aux grand-parents de préparer le petit-enfant avec lequel ils étaient, à l’idée que sa mère n’avait plus de cheveux.

Chaque enfant est rentrée chez nous un par un.

- La première fut Philippine. Elle m’a dit, « maintenant que tu n’as plus de cheveux : j’ai 2 papas ! »

 Peu après son arrivée, elle m’a demandé très spontanément à « voir ».

J’ai eu l’idée de filmer sa réaction :

Pour info, la personne dont parle Phil est son oncle qui a la boule à zéro.

 

- Gaspard est arrivé le lendemain. Lui aussi, a presque tout de suite demandé à « voir ».

Ayant aimé la spontanéité de la réaction de la petite, je lui ai d’abord montrée la vidéo, pour qu’il comprenne qu’on peut en rire, ou réagir comme on veut.

Sa réaction : en me prenant dans ses bras « maman… Pourquoi il faut que tu aies un cancer ?... »

 

- Rose débarqua dans la soirée, elle aussi, curieuse, demanda à « voir ».

Après visionnage du petit film de Phil, elle vit aussi et ne paru pas choquée.

Bref, tout s’est passé pour le mieux. Je suis très fière de leur courage de venir chacun, individuellement, me demander de constater.J'aime leur attitude : faire face.

 

Côté bouquin - j'aime beaucoup de ce vecteur comme support pour parler aux petits - j'ai une préférence pour Alice au pays du cancer de Sophie Buyse et Martine Hennuy ed : Alice Jeunesse (2006).

Ce livre est génial, il décrit avec onirisme le cancer de la maman d'Alice. Il aborde l'essentiel. Je ne mets que 4 guns car je trouve les illustrations un peu glauques, mais vu le sujet, je pense que c'est justifié.

 

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Éditeur : Alice Jeunesse (2006) 

 

Voilà pour les enfants.

Plein de love.